Sur les traces du rhum martiniquais de Maison La Mauny

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Partir découvrir une nouvelle destination est toujours un bon prétexte pour se plonger dans sa culture, ses traditions ou encore son histoire. Bien plus que de s’en mettre plein les yeux avec des paysages époustouflants, on régale aussi son esprit afin de repartir plus enrichis. Du moins, c’est ma manière de voyager. J’aime partir avec une vague idée de ce qu’il m’attend, et revenir plein de souvenirs en tête tout en  ayant appris une multitude de choses.

Il y a quelques semaines à peine (on peut encore remarquer quelques tâches de rousseurs par ci, par là), je me suis envolée pour la Martinique avec une mission bien précise : suivre les traces du rhum martiniquais de Maison La Mauny. Et quelle mission !!! Des terres au verre, j’allais découvrir tous les secrets de fabrication de ce breuvage tant apprécié dans le monde entier. Celui qui a en effet jamais goûté un petit planteur ou siroté un bon mojito lève la main bien haut. Pour ceux qui ne boivent pas, vous vous êtes sûrement déjà régalé avec une crêpe au bon rhum ambré, n’est ce pas ?

Jusque là, j’avoue, je ne m’étais encore jamais trop penchée sur la production de cet alcool. Trop habitué à tout avoir sous la main en magasin, on en oublie parfois la provenance et surtout tous les efforts et le travail effectués pour arriver à un produit de qualité… Cela tombe bien, j’allais avoir plusieurs jours pour remédier à ces petites lacunes…


Survol en hélico de la Martinique

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Quoi de mieux pour découvrir une île dans sa globalité et apprécier en un simple regard toutes ses richesses, qu’un vol en hélicoptère ? Quelques heures après être arrivée en Martinique, j’ai donc profité d’un vol en hélicoptère pour reprendre de l’altitude et saisir en quelques minutes la beauté de cette île. Je ne le dirais jamais assez, mais l’hélico reste un petit luxe (toutefois accessible) à s’offrir si on en a l’opportunité quand on voyage. Que ce soit au dessus du Grand Canyon, de New York, de Dubaï, de Paris… les sensations et l’émotion restent toujours les mêmes et figurent dans les meilleurs souvenirs et expériences que j’ai pu vivre en voyageant. Ce vol en hélicoptère au dessus de la Martinique ne déroge pas à cette règle.

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C’est donc à bord d’un Eurocopter EC120B de la compagnie Heliblue que j’ai pris place… décollage tout en douceur qui nous a directement immergé dans ce fabuleux décor antillais. Au début, beaucoup de végétation, verdure, montagnes… puis les côtes, les plages de sable fin et les eaux cristallines, avant d’apercevoir à perte de vue des champs de canne à sucre…et survoler tout le domaine de Maison La Mauny. Tout simplement magique. On ne s’imagine pas qu’il puisse en avoir autant.En effet, sur l’ile de la Martinique, on comptabilise près de 180 planteurs étendus sur 3800 hectares. Parmi ceux là, on retrouve 20 gros planteurs. La Maison La Mauny utilise 5 des 14 variétés de cannes à sucre autorisées par l’AOC. Pour cela, elle s’approvisionne à 70% auprès de petits producteurs de l’île qui préconisent également le principe d’agriculture raisonné. Les petits planteurs travaillent ainsi en étroite collaboration avec la grande maison de Rhum.


Visite des plantations de cannes

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Après avoir été subjuguée par la beauté de l’île vue du ciel, je suis partie découvrir les plantations de cannes à sucre. Pour cela, nous sommes allés à la rencontre des tailleurs de cannes à bord d’une voiture tout terrain.Attention aux secousses !! Les 4×4 se faufilent le long des chemins les plus pentus. C’est donc au cœur des plantations des cannes à sucre que nous avons pu  nous rendre pour comprendre toute la technicité de cette pratique. Ce qu’il faut savoir, c’est que près de la moitié de la récolte de canne à sucre (pour réaliser le rhum ) est encore coupée à la main de la manière la plus traditionnelle. Bien que les machines fassent un travail remarquable, certaines parcelles de terre ne sont accessibles que par l’homme, souvent à cause du dénivelé. La taille en machine serait alors bien trop dangereuse pour le conducteur de l’engin motorisé et les plants pourraient également être endommagés.

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La commune de Rivière pilote sur laquelle poussent l’ensemble des plantations, bénéficie d’un micro-climat idéal. A la fois chaude et très humide, elle est très ensoleillée et échappe un peu plus aux pluies tropicales du reste de la Martinique. Si l’on rajoute à ces conditions très favorables un sol volcanique d’argile noir, on obtient des cannes d’une exceptionnelle teneur en sucre. Ce qui fait toute la qualité du rhum…

Depuis 3 ans, Maison La Mauny loue une quarantaine d’hectares pour replanter des cannes à sucre qui a un cycle de 11 à 12 mois. On distingue 3 variétés : la canne bleue, la canne paille et la B59. Le choix d’une variété est due à la zone et au climat. S’il pleut trop de nouveaux bourgeons apparaitront sur la canne qui puiseront dans le sucre pour se développer. Donc, plus les entre-nœuds de la canne seront longs, plus il y aura eu de pluie. C’est pour cela qu’il faut un juste milieu au niveau du climat pour obtenir une canne d’une excellente qualité !

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La récolte de la canne se fait généralement de janvier à juin. Le métier s’apprend de père en fils. Quant aux terres, celles ci sont contrôlées AOC. En effet, quand les cannes arrivent en distillerie, elles sont tout d’abord pesées, puis on va récolter un échantillon qui sera par la suite broyé pour vérifier la teneur en sucre. Le planteur sera alors payé selon la teneur en sucre de ses cannes et le poids de celles-ci.

Ce qui m’a fait sourire en visitant les plantations de cannes à sucre, c’était les petits oiseaux appelés Pic Bœuf, toujours aux aguets autour des machines pour récupérer des petits vers ou insectes qui ressortent à la coupe. Un beau travail d’équipe qui arrange tout le monde ! 😉


Visite de la distillerie Maison La Mauny

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Après la coupe, les cannes doivent être broyées dans les 24h qui suivent, notamment pour celles coupées à la machine car les extrémités pourrissent plus vite. Direction alors la distillerie pour poursuivre la préparation de la canne. En une journée, il y a environ entre 500 et 700 tonnes de cannes à sucre réceptionnées. La canne arrive mélangée de différents terrains, mise à part pour certaines cuvées spéciale pour préparer du rhum mono variétal ! Celles ci sont ainsi préparées au tout début de la récolte pour éviter les mélanges.

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Le cheminement à la distillerie est très intéressant et tout a été parfaitement étudié pour que chaque étape soit indispensable à la qualité du rhum. On commence ainsi par l’ébouleur qui va couper en petits tronçons (20 cm de chaque extrémités de la canne). Le coupe canne prend ensuite le relais. Pour obtenir une texture exploitable, il faut exploser la canne. On remarque que grâce aux machines, le rhum est bien meilleur qu’il y a 40 ans, grâce au traitement plus rapide et précis qui limite ainsi la pourriture des cannes.

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Les cannes à sucre passent ensuite par le Schneider, un tambour additionné à des marteaux, qui va pouvoir écraser la canne. A ce moment, aucun jus ne sort encore de la canne. Depuis 1940, une grosse machine à vapeur alimentait l’ensemble de la distillerie, désormais elle a laissé place à des batteries électriques, bien plus performantes.

Après cette étape, la canne passe dans un 1er moulin afin d’être broyé et de laisser ressortir son 1er jus. On retrouve 3 autres moulins pour pouvoir retirer le maximum de sucre. Après chaque moulin, on rajoute de l’eau pour récupérer au final près de 95% de sucre !

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Après ce passage dans les moulins, la canne transfère dans un bac à jus avant d’être filtrée et d’aller directement en cuverie pour la fermentation. Pendant ce temps, la chaudière est alimentée grâce à la bargasse (canne broyé qui est humide à 50% et dont 95% de son sucre a été retiré). Celle ci est alors brulée pour faire de la vapeur (et alimenter les machines) et une partie servira de compost.

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Après avoir été filtré, le jus sera stocké dans des colonnes à distiller (AOC impose que la tête de colonne soit en inox) Le jus arrivera ensuite dans la cuverie mère pendant 24h (atelier de fermentation), avant de finir dans l’une des 24 cuves «filles» où l’on met à la fois le jus et la levure. Les levures accélèrent la fermentation (d’autant plus dans les cuves «mères»où la concentration de levure est plus importante). Quand la cuve est prête, on la fait passer en distillation. Celle ci est alors ensuite refroidie pour ne pas dépasser la température.

Les cuves peuvent contenir entre 3500 et 5000 litres de rhum à 70 et 75°C. Pour obtenir des alcools moins forts (50/55°C), on va rajouter de l’eau.

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Visite des caves Maison La Mauny

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Daniel Baudin, maître chai de Maison La Mauny, nous a accueilli dans son antre pour nous expliquer la suite du processus afin d’obtenir un rhum très qualitatif. Comme je vous le disais, toutes les étapes sont importantes et à prendre en considération. Les rhums arrivent donc dans des cuves. Le Contremaitre vient alors échantillonner le rhum pour vérifier sa qualité. On notifie alors le nez et l’arôme. Le ruhm Maison La Mauny est un rhum plutôt fruité, végétal et herbacé, tandis que 3 Rivières sera plutôt végétal et floral et Duquesne se situera entre les 2. Le stockage dans les cuves peut alors commencer. Il est alors rééchantillonné après 6 semaines de repos par un technicien AOC. Un numéro AOC sera ensuite donné par l’INAO (institut national des appellations d’origine contrôlé).

La descente des degrés du rhum se fera ensuite par pallier (entre 3 et 5°C). Il faut compter 15 jours d’abaissement et 15 jours de repos. De nombreux choix sont primordiaux dans le processus. En effet, il faut tout d’abord choisir un rhum blanc assez charpenté avec une certaine structure pour supporter le fut au moins 3 ans. Le choix du tonnelier est très important également afin de faire un fût à sa convenance. Et le type de bois est aussi à prendre en considération (origine française ou américaine). Le bois est souvent très cher. Il faut compter environ 780€ pour un simple fut neuf. Pour avoir l’appellation AOC Rhum Vieux, il faut que le rhum reste au minimum 36 mois en fût. Ceux millésimés dépassent les 6 ans et certains approximativement les 16 ans.


Dégustation du rhum Maison La Mauny

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Juste avant de partir en Martinique, je vous avais partagé une petite recette pour faire un grog à base de rhum Maison La Mauny. Et oui, à ce moment là, les températures en métropole étaient encore très fraiches, c’était donc le bon réflexe pour se réchauffer. Étonnamment, une fois sur place, loin de moi l’envie de boissons chaudes, les températures avoisinant les 30°C me suffisaient amplement ! J’ai donc profité de déguster plusieurs cocktails durant mon séjour. (Ma mission n’aurait pas été accomplie sinon, vous pensez bien !!! :) )

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Que ce soit sur le ponton de l’hôtel Bakoua où je logeais, au restaurant Chez Ernest sur la plage du Diamant, au restaurant Le Zanzibar dans la commune du Marin ou encore chez Kai Mimi au cœur du Domaine La Mauny, tous ces endroits aussi différents les uns des autres avaient un point commun. Tous servaient des cocktails à tomber… bien évidement préparés avec du rhum Maison La Mauny…

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Parmi tous ceux testés, mon préféré est sans hésiter le Tit’ Abricot. Voici d’ailleurs la recette si vous voulez valider également !

Dans un shaker, écrasez la menthe et une cuillère à café de confiture d’abricot. Versez ensuite 4cl de Maison La Mauny Rhum Blanc Agricole 50ml, 2ml de jus de citron vert, 10 ml de sucre de canne et 2 traits de bitter. Shakez le tout, servez et savourez !


Infos utiles

Quoi ? Distillerie La Mauny
Où ? Domaine La Mauny – Rivière Pilote – Martinique
Tel ? 0596 62 62 08
Horaires d’ouverture ? Du lundi au vendredi : 9h – 17H30 / Visites guidées : 10h, 11h, 12h30, 14h, 15h, 16h15. Le samedi : 9H – 13H / Visites guidées : 10h, 11h, 12h.
Combien ? 3,50€


Un grand merci à Maison La Mauny pour toutes ces belles découvertes et ces explications très enrichissantes…
Je ne boirais plus jamais un rhum de la même manière maintenant ! :)


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

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Journaliste en presse féminine et "Blog-trotteuse", je me déplace rarement sans mon fidèle compagnon : mon appareil photo. Je partage avec vous ma passion des voyages et des découvertes sur Paris.

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